mercredi 24 août 2011

Melancholia: sublime fin du monde

Mélancolie, humeur provoquée par la bile noire, source de génie et de folie, qui traverse depuis Hippocrate les arts, les sciences, les siècles. Elle a laissé en route ses croyances mais pas son charisme, seul élément plein de vie.

Dans la salle, Kristen Dunst, cadavérique, anéantie, donne le ton d’une élégante élégie, sur une symphonie de Wagner. Des images statiques mais si parlantes, criantes, apocalyptiques mais sacrément belles. Elles se succèdent avec la lenteur et la force de la mort, mais elles débordent de vie. 

Le prologue est un condensé du film, qui est un condensé des différents arts qui ont sublimé la mélancolie à travers le temps. C’est ça l’essence du film et toute sa finesse.

Une esthétique fascinante d’inspiration romantique, pour suggérer les prémonitions de Justine, personnage mélancolique, indifférente aux codes du monde réel et de la société, dans la première partie qui lui est dédiée. De tous les participants, elle est la plus absente spectatrice de son mariage, pendant lequel elle prend un bain ou va pisser sur le terrain de golf de son beau-frère (Kiefer Sutherland), qui au passage organise le mariage et l'emmerde avec ses exigences rationnelles (genre faire semblant d'y participer quoi). (Note to self: trouver l'image sur le golfe en HD, ça fera un excellent poster.) Comme dans le théâtre de l’absurde, les signes prémonitoires ponctuent avec humour le récit. C’est peut-être cette esthétique qui expliquerait –si on veut- la déroutante différence d’accents au sein d’une même famille : british pour la mère et une des filles (Charlotte Rampling et Charlote Gainsbourg) américain pour sa sœur (Kirsten Dunst), détail sciemment négligé mais qui contraste tout de même avec la grande subtilité de la réalisation.

Il y a des aspects qu'on va oublier après l’impactant générique de fin en faveur d'une vision d'ensemble saisissante : la perspective catastrophique met du temps à s'installer de manière convaincante. Malgré le zoom sur une famille en huis clos, il y a quelque chose de moins personnel, de trop collectif dans l'idée de fin du monde. Ca, plus une certaine lenteur lorsqu'on commence à parler de la catastrophe, et on a parfois envie de dire à Claire "Non, mais c'est bon, arrête de psychoter". Et puis on se surprend tellement embarqué par Charlotte Gainsbourg dans son délire. Elle n'a pas eu le prix d'interprétation à Cannes, probablement parce qu'elle a eu le prix d'interprétation à Cannes. Mais le rythme qu'elle réussit à créer est encore plus bouleversant que l'apathie très juste et charismatique de Kristen Dunst.

Son personnage, la soeur organisée et bien sous tous rapports, se décompose devant la menace de la mort. Justine fait le parcours inverse, elle est de plus en plus apaisée de se débarrasser d'une vie dont elle n'a pas suivi les codes. La mélancolie aime la mort ou du moins ne la fuit pas. 

Impossible de ne pas se demander si Justine n'est pas un alter ego du réalisateur, et si Claire, avec sa peur exagérée, énervante, n’est pas la société vue par Lars Von Trier. Et surtout si cette sublime dépression qu’il présente n’est pas la sienne, violente aux yeux des autres, romantique, gracieuse et fascinante pour lui. Et pour beaucoup qui ont vu le film, désormais.











 



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